Poésie et Prose

L'amour c'est.....

 

Une petite fille demande à son camarade de classe qui est assis à côté d'elle:

C'est quoi l'amour?

Il lui dit:

L'amour c'est quand tu me voles un morceau de chocolat chaque jour dans mon sac et que moi, tous les jours, j'en mets un exprès pour toi.





Avoir et être

Loin des vieux livres de grammaire,

Écoutez comment un beau soir,

Ma mère m'enseigna les mystères

Du verbe être et du verbe avoir.

 

Parmi mes meilleurs auxiliaires,

Il est deux verbes originaux.

Avoir et Être étaient deux frères

Que j'ai connus dès le berceau.

 

Bien qu'opposés de caractère,

On pouvait les croire jumeaux,

Tant leur histoire est singulière.

Mais ces deux frères étaient rivaux.

 

Ce qu'Avoir aurait voulu être

Être voulait toujours l'avoir.

À ne vouloir ni dieu ni maître,

Le verbe Être s'est fait avoir.

 

Son frère Avoir était en banque

Et faisait un grand numéro,

Alors qu'Être, toujours en manque.

Souffrait beaucoup dans son ego.

 

Pendant qu'Être apprenait à lire

Et faisait ses humanités,

De son côté sans rien lui dire

Avoir apprenait à compter.

 

Et il amassait des fortunes

En avoirs, en liquidités,

Pendant qu'Être, un peu dans la lune

S'était laissé déposséder.

 

Avoir était ostentatoire

Lorsqu'il se montrait généreux,

Être en revanche, et c'est notoire,

Est bien souvent présomptueux.

 

Avoir voyage en classe Affaires.

Il met tous ses titres à l'abri.

Alors qu'Être est plus débonnaire,

Il ne gardera rien pour lui.

 

Sa richesse est tout intérieure,

Ce sont les choses de l'esprit.

Le verbe Être est tout en pudeur,

Et sa noblesse est à ce prix.

 

Un jour à force de chimères

Pour parvenir à un accord,

Entre verbes ça peut se faire,

Ils conjuguèrent leurs efforts.

 

Et pour ne pas perdre la face

Au milieu des mots rassemblés,

Ils se sont répartis les tâches

Pour enfin se réconcilier.

 

Le verbe Avoir a besoin d'Être

Parce qu'être, c'est exister.

Le verbe Être a besoin d'avoirs

Pour enrichir ses bons côtés. 

 

Et de palabres interminables

En arguties alambiquées,

Nos deux frères inséparables

Ont pu être et avoir été.

   

Erinnerungen an Französischstunden in der Schule:

Fabeln von Jean de La Fontaine (1621-1695)


Le Corbeau et le Renard

Maître Corbeau, sur un arbre perché,
Tenait en son bec un fromage.
Maître Renard, par l'odeur alléché,
Lui tint à peu près ce langage :
"Hé ! bonjour, Monsieur du Corbeau.
Que vous êtes joli ! que vous me semblez beau !
Sans mentir, si votre ramage
Se rapporte à votre plumage,
Vous êtes le Phénix des hôtes de ces bois."
A ces mots le Corbeau ne se sent pas de joie ;
Et pour montrer sa belle voix,
Il ouvre un large bec, laisse tomber sa proie.
Le Renard s'en saisit, et dit : "Mon bon Monsieur,
Apprenez que tout flatteur
Vit aux dépens de celui qui l'écoute :
Cette leçon vaut bien un fromage, sans doute. "
Le Corbeau, honteux et confus,
Jura, mais un peu tard, qu'on ne l'y prendrait plus.


La Cigale et la Fourmi

La Cigale, ayant chanté
Tout l'été,
Se trouva fort dépourvue
Quand la bise fut venue :
Pas un seul petit morceau
De mouche ou de vermisseau.
Elle alla crier famine
Chez la Fourmi sa voisine,
La priant de lui prêter
Quelque grain pour subsister
Jusqu'à la saison nouvelle.
"Je vous paierai, lui dit-elle,
Avant l'Oût, foi d'animal,
Intérêt et principal. "
La Fourmi n'est pas prêteuse :
C'est là son moindre défaut.
Que faisiez-vous au temps chaud ?
Dit-elle à cette emprunteuse.
- Nuit et jour à tout venant
Je chantais, ne vous déplaise.
- Vous chantiez ? j'en suis fort aise.
Eh bien! dansez maintenant.


Chanson d‘automne

Les sanglots longs
Des violons
De l'automne
Blessent mon coeur
D' une langueur
Monotone.

 

Tout suffocant
Et blême, quand
Sonne l‘ heure,
Je me souviens
Des jours anciens
Et je pleure;

 

Et je m'en vais
Au vent mauvais
Qui m' emporte
DeV à, delà,
Pareil à la
Feuille morte.

 

Paul Verlaine

Herbstlied

Seufzer gleiten
Die saiten
Des herbsts entlang
Treffen mein herz
Mit einem schmerz
Dumpf und bang.

 

Beim glockenschlag
Denk ich zag
und voll peinen
An die zeit
Die nun schon weit
Und muss weinen.

 

Im bösen winde
Geh ich und finde
Keine statt...
Treibe fort
Bald da bald dort –
Ein welkes blatt.

 

Übertragung: Stefan George

   

 

Beauté de la langue français

Loin des vieux livres de grammaire, 
Écoutez comment un beau soir, 
 Ma mère m'enseigna les mystères 
Du verbe être et du verbe avoir. 
     
Parmi mes meilleurs auxiliaires, 
Avoir et Être étaient deux frères 
Que j'ai connus dès le berceau. 
 
Bien qu'opposés de caractère, 
On pouvait les croire jumeaux, 
Tant leur histoire est singulière. 
 Mais ces deux frères étaient rivaux. 
    
Ce qu'Avoir aurait voulu être 
Être voulait toujours l'avoir. 
À ne vouloir ni dieu ni maître, 
Le verbe Être s'est fait avoir. 
   
Son frère Avoir était en banque 

 Et faisait un grand numéro, 
Alors qu'Être, toujours en manque. 
Souffrait beaucoup dans son ego. 
   
Pendant qu'Être apprenait à lire 
Et faisait ses humanités, 
De son côté sans rien lui dire 
Avoir apprenait à compter. 
Et il amassait des fortunes 
En avoirs, en liquidités, 
Pendant qu'Être, un peu dans la lune 
S'était laissé déposséder. 
  
 
 

Avoir était ostentatoire 

Lorsqu'il se montrait généreux, 
Être en revanche, et c'est notoire, 
Est bien souvent présomptueux. 
   
Avoir voyage en classe Affaires. 
Il met tous ses titres à l'abri. 
Alors qu'Être est plus débonnaire, 
Il ne gardera rien pour lui. 
   
Sa richesse est tout intérieure, 
Ce sont les choses de l'esprit. 
Le verbe Être est tout en pudeur, 
Et sa noblesse est à ce prix. 
 
Un jour à force de chimères 
Pour parvenir à un accord, 
Entre verbes ça peut se faire, 
Ils conjuguèrent leurs efforts. 

 

Et pour ne pas perdre la face 
Au milieu des mots rassemblés, 
Ils se sont répartis les tâches 
Pour enfin se réconcilier. 
 
Le verbe Avoir a besoin d'Être 
Parce qu'être, c'est exister. 
Le verbe Être a besoin d'avoirs 
Pour enrichir ses bons côtés. 
    
Et de palabres interminables 
En arguties alambiquées, 
Nos deux frères inséparables 
Ont pu être et avoir été. 
 
 


Kinderreim



La mer est plus belle

 

La mer est plus belle

Que les cathédrales,
Nourrice fidèle,
Berceuse de râles,
La mer sur qui prie
La Vierge Marie !

Elle a tous les dons
Terribles et doux.
J'entends ses pardons
Gronder ses courroux.
Cette immensité
N'a rien d'entêté.

 

Oh ! si patiente,
Même quand méchante !
Un souffle ami hante
La vague, et nous chante :
" Vous sans espérance,
Mourez sans souffrance ! "

Et puis sous les cieux
Qui s'y rient plus clairs,
Elle a des airs bleus,
Roses, gris et verts...
Plus belle que tous,
Meilleure que nous !

 

Paul Verlaine (1844-1896

 
Premier sourire du printemps  

 

Tandis qu'à leurs œuvres perverses
Les hommes courent haletants,
Mars qui rit, malgré les averses,
Prépare en secret le printemps.

 

Tout en composant des solfèges,
Qu'aux merles il siffle à mi-voix,
Il sème aux prés les perce-neiges
Et les violettes aux bois.

 

Pour les petites pâquerettes,
Sournoisement lorsque tout dort,
Il repasse les collerettes
Et cisèle des boutons d'or.

 

Sur le cresson de la fontaine
Où le cerf boit, l'oreille au guet,
De sa main cachée il égrène
Les grelots d'argent du mug

 

Dans le verger et dans la vigne,
Il s'en va, furtif perruquier,
Avec une houppe de cygne,
Poudrer à frimas l'amandier

 

Sous l'herbe, pour que tu la cueilles,
Il met la fraise au teint vermeil,
Et te tresse un chapeau de feuilles
Pour te garantir du soleil.

La nature au lit se repose ;
Lui descend au jardin désert,
Et lace les boutons de rose
Dans leur corset de velours vert.

 

Puis, lorsque sa besogne est faite,
Et que son règne va finir,
Au seuil d'avril tournant la tête,
Il dit : " Printemps, tu peux venir ! "

 

 

Théophile Gautier (1811-1872 -"Émaux et camées")

 


 


Le Rat de ville et le Rat des champs

 

Autrefois le Rat de ville
Invita le Rat des champs,
D'une façon fort civile,
A des reliefs d'Ortolans.

Sur un Tapis de Turquie
Le couvert se trouva mis.
Je laisse à penser la vie
Que firent ces deux amis.

Le régal fut fort honnête,
Rien ne manquait au festin ;
Mais quelqu'un troubla la fête
Pendant qu'ils étaient en train.

A la porte de la salle
Ils entendirent du bruit :
Le Rat de ville détale ;
Son camarade le suit.

Le bruit cesse, on se retire :
Rats en campagne aussitôt ;
Et le citadin de dire :
Achevons tout notre rôt.

- C'est assez, dit le rustique ;
Demain vous viendrez chez moi :
Ce n'est pas que je me pique
De tous vos festins de Roi ;

Mais rien ne vient m'interrompre :
Je mange tout à loisir.
Adieu donc ; fi du plaisir
Que la crainte peut corrompre.

 

Jean de La Fontaine (1621 - 1695)


« Tous les hommes sont menteurs, inconstants, faux, bavards, hypocrites, orgueilleux et lâches, méprisables et sensuels ; toutes les femmes sont perfides, artificieuses, vaniteuses, curieuses et dépravées ; le monde n’est qu’un égout sans fond où les phoques les plus informes rampent et se tordent sur des montagnes de fange ; mais s’il y a au monde une chose sainte et sublime, c’est l’union de deux de ces êtres si imparfaits et si affreux. On est souvent trompé en amour, souvent blessé et souvent malheureux, mais on aime, et quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière et on se dit : "J'ai souffert souvent, je me suis trompé quelque fois, mais j'ai aimé. C'est moi qui ai vécu et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui. »

 

 Alfred de Musset (1810-1857)


Le déserteur

 

Monsieur le Président
Je vous fais une lettre
Que vous lirez peut-être
Si vous avez le temps
Je viens de recevoir
Mes papiers militaires
Pour partir à la guerre
Avant mercredi soir
Monsieur le Président
Je ne veux pas la faire
Je ne suis pas sur terre
Pour tuer des pauvres gens
C'est pas pour vous fâcher
Il faut que je vous dise
Ma décision est prise
Je m'en vais déserter

Depuis que je suis né
J'ai vu mourir mon père
J'ai vu partir mes frères
Et pleurer mes enfants
Ma mère a tant souffert
Elle est dedans sa tombe
Et se moque des bombes
Et se moque des vers
Quand j'étais prisonnier
On m'a volé ma femme
On m'a volé mon âme
Et tout mon cher passé
Demain de bon matin
Je fermerai ma porte
Au nez des années mortes
J'irai sur les chemins

Je mendierai ma vie
Sur les routes de France
De Bretagne en Provence
Et je dirai aux gens:
Refusez d'obéir
Refusez de la faire
N'allez pas à la guerre
Refusez de partir
S'il faut donner son sang
Allez donner le vôtre
Vous êtes bon apôtre
Monsieur le Président
Si vous me poursuivez
Prévenez vos gendarmes
Que je n'aurai pas d'armes
Et qu'ils pourront tirer


Boris Vian (1920-1959)




Fantaisie

 

Il est un air pour qui je donnerais

Tout Rossini, tout Mozart et tout Weber,

Un air très vieux, languissant et funèbre,

Qui pour moi seul a des charmes secrets!

 

Or, chaque fois que je viens à l'entendre,

De deux cents ans mon âme rajeunit...

C'est sous Louis treize; et je crois voir s'étendre

Un coteau vert, que le couchant jaunit.

 

Puis un château de brique à coins de pierre,

Aux vitraux teints de rougeâtres couleurs,

Ceint de grands parcs, avec une rivière

Baignant ses pieds, qui coule entre les fleurs;

 

Puis une dame, à sa haute fenêtre,

Blonde aux yeux noirs, en ses habits anciens,

Que dans une autre existence peut-être

J'ai déjà vue... et dont je me souviens!

 

Gérard de Nerval (1808-1855), poète français


Dans le Bus

 

Il est trois heures de l’après-midi quand je quitte l’école, un peu fatigué, et il faut me presser un peu, car le bus est déjà à l’arrêt. Je monte dans le car en montrant mon ticket au conducteur. C’est un beau jour. Le soleil de l’automne brille sur les vitres un peu sales. Je prends une place près de la porte à l'arrière. Là, on peut bien observer ce qui se passe. Tout d’un coup, ma fatigue disparaît parce que j’aperçois une petite mignonne. Je pense: « Mon Dieu ! Elle a du chien ! » Les cheveux châtains se confondent d’une manière magique avec son foulard en soie. Il fait assez chaud dans le bus ; elle ouvre le noeud de son foulard et laisse voir un petit collier avec un joli coeur. Sur ses genoux, elle a son petit sac, dont elle sort son rouge à lèvres et une petite glace. Elle corrige son maquillage en levant la tête. J’aperçois avec émotion qu’elle me regarde attentivement avec ses yeux marron. J’ai l’impression que, pour elle, le maquillage est devenu une chose sans importance. Elle me sourit admirablement. « Mon Dieu, qu’est-ce qu’il faut faire maintenant ? ». Je réfléchis et mon coeur bat très fort. Tout-à-coup, la belle se lève et prend son chemin vers moi. Mes pensées bousculent dans ma tête : « Que faire ? Que faire ? »

L’arrêt. Les portes s’ouvrent. Elle est partie.


Eine kleine Geschichte in Anlehnung an « A une passante »

von Charles Baudelaire (Verfasser Edgar Bous)